Introduction de Saïd Bouamama à son ouvrage : La Tricontinentale

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse et du CETIM

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En janvier 1966, se tenait, à La Havane, la conférence de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, plus connue sous le nom de « tricontinentale ». Près de 500 délégués y participent, représentant une centaine de délégations venues de 82 pays. Des observateurs de « plus de cinquante organisations anti-impérialistes nationales et internationales, de pays n’appartenant pas à ces trois continents1 » participent également à l’événement historique. Les damnés de la terre du 20e siècle faisaient ainsi de la capitale cubaine l’espace de tous les possibles émancipateurs, le lieu d’organisation des solidarités concrètes, l’endroit où anticiper collectivement un avenir sans colonialisme et sans impérialisme.

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La Tricontinentale. Les peuples du tiers-monde à l’assaut du ciel

Aux éditions Syllepse :

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Le 3 janvier 1966 s’ouvre à La Havane, la Conférence de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, plus connue sous le nom de «Tricontinentale». Vers la capitale cubaine convergent des représentants de tous les mouvements de libération et de toutes les organisations luttant contre «le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme» du tiers-monde. Des personnalités importantes comme le Chilien Salvador Allende ou le Guinéen Amilcar Cabral sont également de la partie. Certains des délégués ont quitté pour quelques jours leurs maquis pour participer à cette rencontre inédite.

 

D’autres ont fait un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour éviter les arrestations et participer à au rendez-vous des damnés de la terre. Au menu des débats: la solidarité avec le peuple vietnamien et avec les autres luttes de libération nationale. L’ambition est aussi de coordonner les luttes des trois continents. Jamais une rencontre n’a suscité autant d’espoir chez les uns et autant de crainte chez les autres. La conférence prit des décisions et décida d’une organisation tricontinentale pour les mettre en œuvre.

Elle participa à la socialisation politique de toute une jeunesse au quatre coins du monde. Des rues de Paris à celles d’Alger, des maquis d’Angola aux campus de New York, l’écho de la Tricontinentale se fait entendre pendant plusieurs décennies. Il porte l’espoir d’un nouvel ordre économique et politique mondial plus juste, plus égalitaire, plus solidaire. Ces échos retentissent encore aujourd’hui dans les dynamiques latino-américaines d’un Chavez (Venezuela) ou d’un Morales (Bolivie), dans les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre à Tunis.

Le monde a changé depuis la Tricontinentale, mais les questions posées par elle, restent d’une grande modernité. La connaissance de cette période, de ses espoirs, de ses luttes et de ses erreurs est indispensable à la compréhénsion du monde d’aujourd’hui.

Said Bouamama est socio-économiste et chargé de recherche à l’Intervention Formation Action Recherche (IFAR) à Lille.  Ses principaux thèmes de recherche portent sur les  classes populaires, l’immigration et les rapports Nord-Sud. Auteur d’une vingtaine de livre, il a notamment publié: La France, autopsie d’un mythe national (Larousse, 2008); Dictionnaire des dominations (Syllepse, 2012); Figures de la Révolution africaine (La Découverte, 2014).

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Quand la France massacrait les Algériens à Paris

Une interview de moi-même et de Nils Andersson au journal Suisse « Le courrier » sur le massacre d’Etat du 17 octobre 1961

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Lundi 17 octobre 2016

Il y a cinquante-cinq ans, jour pour jour, des dizaines de milliers d’Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris, à l’appel de la Fédération de France du FLN, étaient violemment réprimés par la police aux ordres de Maurice Papon. Des voix militantes reviennent sur ces faits longtemps occultés de la mémoire collective.

«Le colonialisme refuse les droits de l’homme à des hommes qu’il a soumis par la violence, qu’il maintient de force dans la misère et l’ignorance, donc, comme dirait Marx, en état de ‘sous-humanité’. Dans les faits eux-mêmes, dans les institutions, dans la nature des échanges et de la production, le racisme est inscrit.» (Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, n°137, 1957).

Le 17 octobre 1961, le sang des bidonvilles coulait sur les boulevards parisiens. Paris a été le théâtre d’événements d’une gravité exceptionnelle, avec la répression meurtrière de manifestants pacifiques algériens perpétrée par les forces policières françaises, sur ordre du préfet de police de Paris, Maurice Papon. La mobilisation sauvagement brimée avait été lancée par la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) algérien pour dénoncer le couvre-feu en vigueur depuis quelques jours, imposé aux seuls «Français musulmans d’Algérie». Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens étaient descendus pacifiquement dans la rue. Des dizaines d’entre eux –les chiffre de 200 est articulé – seront exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. A l’occasion de la commémoration de ce massacre, l’association L’Atelier – Histoire en mouvement a rencontré deux spécialistes et infatigables militants de la cause pour la libération de l’Algérie. Saïd Bouamama, sociologue et militant du Front uni des immigrations et des quartiers populaires, et Nils Andersson, éditeur et militant internationaliste, reviennent sur cet épisode majeur de la guerre d’Algérie, dont la mémoire a été occultée pendant des décennies (le président Hollande a reconnu officiellement les faits en octobre 2012). Entretien.
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Sankara et l’actualité de la révolution burkinabè

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara était assassiné dans des circonstances extrêmement troubles (où le rôle de l’impérialisme français reste encore à déterminer). Dans ce texte, Saïd Bouamama – sociologue et militant du FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires) – restitue le parcours, les idées et l’action du dirigeant révolutionnaire burkinabè. Si le processus ouvert par la révolution sankariste fit face à des obstacles de taille et connut des limites importantes, il en souligne l’actualité du point de vue des combats anti-colonialiste et anticapitaliste, mais aussi concernant l’écologie, l’oppression des femmes et la dette.

Ce texte est issu du livre que Saïd Bouamama a consacré aux « figures de la révolution africaine » (Zones, 2014).

figures-revoafricaineReplié par la revue Contretemps du 15 octobre 2016

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Leçons et conséquences d’un été révélateur : la construction progressive des conditions d’un pogrome

Saïd Bouamama

L’été 2016 a été marqué par trois faits de nature différente : un ignoble attentat endeuille le pays le 14 juillet, une loi détruisant le code du travail massivement rejetée par la population et les travailleurs est votée le 21 juillet et un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage pour les femmes portant un « burkini » est pris à Cannes, déclenchant en quelques jours une véritable épidémie d’arrêtés similaires dans d’autres villes. Les réactions sociales et les commentaires politiques et médiatiques qui ont suivis ces trois événements constituent un excellent analyseur de l’état de notre société, des contradictions qui la traversent et des intérêts qui s’y affrontent.

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De BDS à la CGT : Chronique d’une criminalisation par une politique de la peur

Saïd Bouamama

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La campagne politique de criminalisation de la CGT et la tentative d’interdire une manifestation syndicale sont des caractéristiques notables de la période. Le principal syndicat ouvrier de France est explicitement accusé par un préfet et implicitement par un ministre de complicité au moins passive avec les dits « casseurs ». La logique en œuvre n’est pas nouvelle. Elle a été largement utilisée par le passé et dans le présent contre les militants et organisations soutenant la lutte du peuple palestinien ou contre des militants et organisations issus de l’immigration. Dans les deux cas il s’agit de produire politiquement et médiatiquement un « ennemi public » autorisant la prise de mesures d’exceptions durables au prétexte de protéger la société et ses « valeurs républicaines».

De l’ennemi civilisationnel…

Les systèmes de domination ont consubstantiellement besoin de susciter la peur et de mettre en scène un péril.  Ne pouvant pas se présenter pour ce qu’ils sont, ils sont contraints de se légitimer par cette menace construite de laquelle ils affirment nous préserver. Devant masquer leur violence structurelle et systémique, ils ont besoin d’une figure de la menace pour justifier les répressions contre les résistances à ces violences premières.  Au plus la légitimité d’un pouvoir d’État est en difficulté, au plus la production d’un ou de plusieurs ennemis publics est nécessaire. A ce titre la multiplication des discours de désignation des ennemis est un révélateur d’une crise de légitimité.

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Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Saïd Bouamama

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.

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Une violence de casseurs et de la CGT

Le discours sur les « casseurs » est le premier leitmotiv se déployant à longueur d’antennes. Il s’inscrit dans un discours plus général sur la « montée de la violence » irrationnelle et/ou illégitime qui depuis des décennies est mis en avant pour justifier un tournant sécuritaire. Il s’agit de produire de la peur pour susciter une demande de « sécurité ». Pour que ce processus d’émergence d’une demande sécuritaire puisse se déployer, il est nécessaire de construire la violence constatée comme étant une « violence sans cause » c’est-à-dire comme une violence pathologique et/ou résultante de la stratégie d’une minorité invisible.

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