La construction politique et idéologique de l’immigration comme problème

« Je crois dans notre droit d’asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. […] Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder le sujet en face. Devons-nous être le parti bourgeois ou pas ? Les bourgeois ne croisent pas l’immigration. Ce sont les territoires les plus pauvres qui sont le réceptacle. Les classes populaires, elles, subissent le chômage, la pauvreté, mais elles subissent aussi ce sujet »

Emmanuel Macron, 16 septembre 2019

Le discours du président de la République sur « l’immigration » du 16 septembre 2019 n’est pas nouveau en soi. Il illustre un rituel désormais installé et se déclenchant à l’approche de chaque échéance électorale.  Les chefs de l’État successifs de ces dernières décennies se sont tous prêtés à ce rituel consistant à présenter l’immigration comme étant un « problème ». De Chirac à Hollande en passant par Sarkozy, ils ont tous eu leur « débat national » ou leur discours consacré à ce « problème ».  Cette transformation de l’immigration en « problème » est relayée par les médias de masse et « étayée » par de pseudos sondages. La construction politique et idéologique agit dès lors de manière performative c’est-à-dire fabrique la réalité sociale ou plus exactement la perception de la réalité sociale par le citoyen quelconque. Nous sommes ici en présence d’un des terrains essentiels de la lutte pour l’hégémonie culturelle dans laquelle la classe dominante gagne des batailles depuis plusieurs décennies au prix de l’intégration grandissante des thématiques d’extrême-droite dans le référentiel politique et médiatique dominant. 

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Causes et effets d’une rentrée aux senteurs islamophobes. Le discours sur la menace « fondamentaliste »

La rentrée sociale 2019 a décidément un goût amer pour les citoyens musulmans de France ou supposés tels. Coup sur coup en quelques semaines, ils se retrouvent à faire la une des médias à trois reprises à leurs corps défendant. La couverture et les polémiques médiatiques de ces « affaires » contribuent, une nouvelle fois à les construire comme « problème social », à les désigner comme « soucis politique», à les présenter comme « menace idéologique». Les protestations contre la multiplication des règlements intérieurs interdisant le port de « maillots de bain couvrant » (nouvel euphémisme pour désigner le « Burkini ») a été l’occasion une nouvelle fois de présenter la laïcité comme étant menacée (après l’école et les hôpitaux c’est au tour de nos piscines). Le « droit d’être islamophobe » proclamé par le philosophe Henri Peña-Ruiz à l’université d’été de la France Insoumise en avançant la nécessité de distinguer le rejet de l’islam et le rejet des musulmans, accrédite une nouvelle fois l’idée d’une liberté de critique des religions menacée. La déclaration mensongère du ministre de l’éducation sur la non scolarisation des fillettes « musulmanes » en raison du « fondamentalisme islamique » qui gangrénerait certains territoires, ajoute enfin la touche angoissante d’une société menacée dans ses fondements et ses valeurs par un « ennemi de l’intérieur » disposant d’appuis internationaux.

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Propos sur un colloque censuré : le révélateur d’une fascisation rampante

Devant participer à la présentation les 3 et 4 juillet dernier des résultats d’une recherche sur les « Mécaniques de extrémisme violent » au cours d’un colloque international à visée comparative, je me suis vu interdire de participation et de parole par l’institution porteuse suite aux pressions du ministère de l’intérieur. Cette recherche pluridisciplinaire à laquelle je contribue depuis son début s’est étendue sur 4 ans et était adossée à un dispositif d’accompagnement pour des jeunes considérés comme « radicalisés ». L’accompagnement et la recherche ont touchés 105 jeunes français et les conclusions de l’investigation devaient être mises en comparaison avec des expériences de Belgique, du Canadienne, du Brésil, des Etats-Unis et du Tchad. La censure qui m’a touché fait suite à une « lettre ouverte à Castaner » du Rassemblement National relayée immédiatement par le Figaro, Valeurs actuelles, Français de Souche, etc., présentant les « intitulés des tables-rondes » comme faisant « transparaître une idéologie laxiste et l’éternelle culture de l’excuse chère à l’extrême-gauche » d’une part et moi-même comme « islamo-gauchiste » d’autre part.

 

Cette interdiction n’est pas la première. Au cours de ces dernières années plusieurs débats et un colloque ont été reportés et/ou annulés en raison de campagnes de diffamation menées par l’extrême-droite ou par le Printemps Républicain. Cette fois-ci la capitulation immédiate à une injonction de l’extrême-droite porte sur une recherche (dont on peut certes ne pas partager la méthode ou les conclusions et en débattre) ce qui est lourd de signification. Avec les violences et arrestations subies par les Gilets Jaunes (qui sont déjà depuis de nombreuses décennies une réalité meurtrière dans les quartiers populaires), les pressions sur certains journalistes, les restrictions au droit de manifester, etc., cette censure est un révélateur d’une logique de fascisation qu’il est urgent de contrecarrer.

Je publie ci-dessous la première intervention que je devais présenter au colloque restituant quelques axes méthodologique de l’équipe de recherche. Chacun pourra ainsi se rendre compte par soi-même de son pseudo « islamo-gauchisme » et de sa « complaisance avec le djihadisme ».  Les participants aux colloques ne s’y sont pas trompés en applaudissant chaleureusement mon intervention lue en mon absence. Je remercie vivement les 130 personnalités qui m’ont apportés leur soutien dans une tribune à Médiapart intitulée « En soutien à Saïd Bouamama » (https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/090719/en-soutien-said-bouamama). Transformée en pétition celle-ci peut être signée à l’adresse suivante : http://chng.it/mCcHVFyY

Nous reviendrons dans notre prochain article à la fois sur les résultats de la recherche et sur notre analyse de cette censure dangereuse.

Voici cette intervention :

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Un apport essentiel d’Abdelmalek Sayad : Les paradoxes de l’intégration et l’universalisme abstrait

L’oeuvre d’Abdelmalek Sayad est plus jamais d’actualité au moment où les délires sur la « crise migratoire » et le « grand remplacement » se répandent dangereusement et criminellement. En analysant les implicites idéologiques conscients ou non des discours publics sur les immigrations, Sayad a contribué de manière essentielle à la critique des idéologies accompagnant la domination et l’exploitation. Le texte qui suit est notre contribution à l’ouvrage collectif consacrée aux apports de Sayad publié en Espagne sous le titre : Gennaro Avallone et Enrique Santamaria (coords), Abdelmalek Sayad : Una lectura critica. Migraciones, saberes y luchas (sociales y culturales), Dado Ediciones, 2018. Alors qu’il a travaillé essentiellement sur la situation française, Sayad est quasiment ignoré dans l’hexagone. Il devient en revanche une référence incontournable des militants et chercheurs de nombreux autres pays. Un nouveau paradoxe significatif. 

 

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Introduction à l’ouvrage de Saïd Bouamama : « PLANTER du BLANC » :

« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins néfastes, de la politique dite d’Association ou d’Union. Maintenant, nous assistons à la politique dite d’intégration, celle qui se donne pour but la constitution de l’Eurafrique. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa dernière trouvaille, l’Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d’un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant », Aimé Césaire1.

Le référendum de novembre  2018 en Kanaky est venu rappeler que le colonialisme français était encore une réalité vivante. Le résultat, qui reflète l’état d’un rapport de forces à un moment donné, souligne que pour la grande majorité des Kanak, leur pays reste une colonie qu’il convient de libérer par l’horizon d’une indépendance nationale. Si dans d’autres colonies françaises, euphémiquement appelées DROM (départements et régions d’outre-mer) et TOM (territoires d’outre-mer), une telle majorité n’existe pas encore, un simple regard sur les économies permet de conclure au maintien du rapport colonial entre l’Hexagone et cet Outre-mer. De la même façon, les manifestations publiques contre la monnaie coloniale qu’est le franc CFA dans une dizaine de pays africains en 2018 mettent en exergue que derrière le discours de la « coopération » se cache une autre forme de la dépendance, le néocolonialisme. En dépit des professions de foi de chaque nouveau Président de la République française sur la fin de la Françafrique, les pancartes et slogans des manifestants indiquent une nouvelle prise de conscience anticolonialiste.

Colonialisme et néocolonialisme ne sont, selon nous, que deux formes historiquement datées de la mise en dépendance. Ils s’inscrivent dans une histoire dans laquelle la première forme a été majoritaire pendant toute une période, avant de céder ce caractère majoritaire à la seconde sous les coups de boutoir des luttes populaires et des rapports de force mondiaux. La série d’articles qui compose cet ouvrage tente de synthétiser pour chaque colonie française les raisons et mécanismes de cette mise en dépendance d’une part, et de résumer les outils et processus du néocolonialisme français en Afrique d’autre part. Comme le souligne Césaire dans la citation qui ouvre ce texte, il est essentiel de saisir les invariants de la mise en dépendance au-delà de la mutation de ses formes.

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La rupture avec la rupture. Engagement et savoirs,une contradiction fondatrice et féconde

 Dans la cadre de sa ligne éditoriale et de son objet social « lutter contre le déterminisme socio-éducatif », le Collectif Formation Société de Bruxelles a mis en place un dispositif de recherche participative visant à actualiser les concepts de déterminisme et de reproduction sociale, sur base des savoirs d’expérience des premiers concernés, en vue de repréciser les combats à mener. Ce collectif m’a demandé un texte précisant ma conception du lien entre engagement et recherche et de la place des premiers concernés dans la démarche de recherche. Le voici :

« On ne connaît que ce qu’on a intérêt à connaître

on ne comprend que ce qu’on a besoin de comprendre

le besoin de savoir crée le savoir. »

Abdelmalek Sayad[1]

La phrase de Sayad citée en préambule pose d’emblée une multitude de question : qui a besoin de savoir quoi sur quoi ? Qui a intérêt à quel type de savoirs ? Quelle est l’utilité sociale d’une recherche et pour qui ? A quelle aune mesurer cette utilité sociale ? Le mythe d’une objectivité de la recherche assurée par des méthodologies posées comme incontestablement neutres ne résiste pas, selon nous, à ces quelques questions matérialistes. Elles sont encore plus redoutables quand l’« objet de recherche » est un groupe social caractérisé par des relations de domination.

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Immigration et lutte des classes

Les polémiques sur une immigration qui volerait le travail des nationaux et son instrumentalisation par le patronat pour faire pression à la baisse  sur les salaires et les conditions de travail de ceux-ci sont récurrentes. Elles resurgissent à chaque campagne électorale et donnent lieu à des affirmations allant dans toutes les directions. Il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux. 

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