Un apport essentiel d’Abdelmalek Sayad : Les paradoxes de l’intégration et l’universalisme abstrait

L’oeuvre d’Abdelmalek Sayad est plus jamais d’actualité au moment où les délires sur la « crise migratoire » et le « grand remplacement » se répandent dangereusement et criminellement. En analysant les implicites idéologiques conscients ou non des discours publics sur les immigrations, Sayad a contribué de manière essentielle à la critique des idéologies accompagnant la domination et l’exploitation. Le texte qui suit est notre contribution à l’ouvrage collectif consacrée aux apports de Sayad publié en Espagne sous le titre : Gennaro Avallone et Enrique Santamaria (coords), Abdelmalek Sayad : Una lectura critica. Migraciones, saberes y luchas (sociales y culturales), Dado Ediciones, 2018. Alors qu’il a travaillé essentiellement sur la situation française, Sayad est quasiment ignoré dans l’hexagone. Il devient en revanche une référence incontournable des militants et chercheurs de nombreux autres pays. Un nouveau paradoxe significatif. 

 

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Introduction à l’ouvrage de Saïd Bouamama : « PLANTER du BLANC » :

« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins néfastes, de la politique dite d’Association ou d’Union. Maintenant, nous assistons à la politique dite d’intégration, celle qui se donne pour but la constitution de l’Eurafrique. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa dernière trouvaille, l’Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d’un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant », Aimé Césaire1.

Le référendum de novembre  2018 en Kanaky est venu rappeler que le colonialisme français était encore une réalité vivante. Le résultat, qui reflète l’état d’un rapport de forces à un moment donné, souligne que pour la grande majorité des Kanak, leur pays reste une colonie qu’il convient de libérer par l’horizon d’une indépendance nationale. Si dans d’autres colonies françaises, euphémiquement appelées DROM (départements et régions d’outre-mer) et TOM (territoires d’outre-mer), une telle majorité n’existe pas encore, un simple regard sur les économies permet de conclure au maintien du rapport colonial entre l’Hexagone et cet Outre-mer. De la même façon, les manifestations publiques contre la monnaie coloniale qu’est le franc CFA dans une dizaine de pays africains en 2018 mettent en exergue que derrière le discours de la « coopération » se cache une autre forme de la dépendance, le néocolonialisme. En dépit des professions de foi de chaque nouveau Président de la République française sur la fin de la Françafrique, les pancartes et slogans des manifestants indiquent une nouvelle prise de conscience anticolonialiste.

Colonialisme et néocolonialisme ne sont, selon nous, que deux formes historiquement datées de la mise en dépendance. Ils s’inscrivent dans une histoire dans laquelle la première forme a été majoritaire pendant toute une période, avant de céder ce caractère majoritaire à la seconde sous les coups de boutoir des luttes populaires et des rapports de force mondiaux. La série d’articles qui compose cet ouvrage tente de synthétiser pour chaque colonie française les raisons et mécanismes de cette mise en dépendance d’une part, et de résumer les outils et processus du néocolonialisme français en Afrique d’autre part. Comme le souligne Césaire dans la citation qui ouvre ce texte, il est essentiel de saisir les invariants de la mise en dépendance au-delà de la mutation de ses formes.

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La rupture avec la rupture. Engagement et savoirs,une contradiction fondatrice et féconde

 Dans la cadre de sa ligne éditoriale et de son objet social « lutter contre le déterminisme socio-éducatif », le Collectif Formation Société de Bruxelles a mis en place un dispositif de recherche participative visant à actualiser les concepts de déterminisme et de reproduction sociale, sur base des savoirs d’expérience des premiers concernés, en vue de repréciser les combats à mener. Ce collectif m’a demandé un texte précisant ma conception du lien entre engagement et recherche et de la place des premiers concernés dans la démarche de recherche. Le voici :

« On ne connaît que ce qu’on a intérêt à connaître

on ne comprend que ce qu’on a besoin de comprendre

le besoin de savoir crée le savoir. »

Abdelmalek Sayad[1]

La phrase de Sayad citée en préambule pose d’emblée une multitude de question : qui a besoin de savoir quoi sur quoi ? Qui a intérêt à quel type de savoirs ? Quelle est l’utilité sociale d’une recherche et pour qui ? A quelle aune mesurer cette utilité sociale ? Le mythe d’une objectivité de la recherche assurée par des méthodologies posées comme incontestablement neutres ne résiste pas, selon nous, à ces quelques questions matérialistes. Elles sont encore plus redoutables quand l’« objet de recherche » est un groupe social caractérisé par des relations de domination.

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Immigration et lutte des classes

Les polémiques sur une immigration qui volerait le travail des nationaux et son instrumentalisation par le patronat pour faire pression à la baisse  sur les salaires et les conditions de travail de ceux-ci sont récurrentes. Elles resurgissent à chaque campagne électorale et donnent lieu à des affirmations allant dans toutes les directions. Il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux. 

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Dettes coloniales et Réparations, entretien pour la revue du CADTM « Les autres voix de la planète »

Nus publions  notre interview pour le numéro daté du premier trimestre 2019 de la revue « les autres voix de la planète » ayant pour titre « Dettes coloniales et réparations ». Les questions étaient formulées par Robin Delobel, Jérome Duval et Milan Rivié. Il s’agit ici de la version longue, les dernières questions n’ayant pas pu être publiées faute de place. 

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Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité

Les manifestations populaires du 22 février 2019 qui se déroulent de manière simultanée dans la plupart des grandes villes algériennes mais aussi dans de très nombreuses villes moyennes  constituent indéniablement l’ouverture d’une nouvelle séquence historique dans l’histoire politique algérienne. Elles marquent l’entrée sur la scène politique d’une nouvelle génération socialisée au cours des deux dernières décennies c’est-à-dire après le traumatisme qu’a constitué la décennie noire[i]. Celles-ci se caractérisent en effet sur le plan économique par la polarisation croissante entre une minorité sociale cliente de l’Etat rentier en enrichissement scandaleux et une grande majorité en paupérisation continue du fait des politiques libérales de désindustrialisation, de privatisation et de casse du service public [ii]. Elles se caractérisent sur le plan politique par l’absence d’alternative crédible du fait de la tentative d’imposition par l’Etat algérien et les classes qu’il représente d’un jeu binaire que n’ont pas remis en cause les partis « d’opposition » en raison de leur adhésion à la libéralisation économique engagée par l’Etat à marche forcée : le chaos ou la résignation [iii].  Elles se caractérisent sur le plan « identitaire » par l’intégration du courant de « l’islam politique » au sein de l’appareil d’Etat et de la bourgeoisie compradore [iv]. Elles se caractérisent sur le plan sociologique par une urbanisation croissante, une pyramide des âges gardant une base très large, un taux de scolarisation élevé et une ouverture sur le monde par le biais des réseaux sociaux [v]. Elles se caractérisent enfin sur le plan desi expériences de vie de cette jeunesse par la restriction du champ des possibles à la débrouille et la « haraga [vi] ». C’est ce cocktail explosif qui arrive à maturité avec l’annonce du cinquième mandat faisant de celui-ci le prétexte conjoncturel qui exprime une causalité systémique à l’image d’une digue qui explose après l’accumulation continue et invisible d’une pression au cours des deux dernières décennies.

 

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Les discriminations racistes et la construction des frontières intérieures

 

Saïd Bouamama

Article initialement publié dans le numéro 19 de la revue « Les possibles » de l’association ATTAC du 9 février 2019

Après de nombreuses décennies de négation, la question des discriminations racistes [1] est depuis près de deux décennies l’objet de nombreuses publications, théorisations et recherches [2]. Quelques constats et conclusions récurrents ressortent de ce progrès récent du savoir et de la recherche : les discriminations racistes existent, elles sont massives et systémiques, elles ont un impact particulièrement destructif pour les sujets qui les subissent, et elles ne se limitent plus aux « étrangers » ou « immigrés », mais s’étendent désormais à des citoyens de nationalité française, caractérisés par certains marqueurs « identitaires » (nom, couleur, religion, etc.). Après avoir apporté quelques précisions conceptuelles, nous nous pencherons sur l’ampleur du phénomène, son inscription dans l’histoire, sa fonction sociale et économique et enfin ses effets sur les victimes, mais aussi sur l’ensemble de notre société.

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