Bouamama : « Il y a une France des dominés et une France des dominants »

Faire barrage à l’extrême droite. Bien. Et après ? Dans un contexte marqué par la confusion idéologique, Emmanuel Macron a pris le devant de la scène, s’est accroché au podium et a étalé ses idées fétiches : « société civile », « présidence jupitérienne », « esprit de conquête »… On a le droit de s’interroger sur ce langage prétentieux. Car pendant ce temps-là les dérives liées à l’état d’urgence, les tentatives d’attentats déjoués, les attaques islamophobes, l’exclusion des jeunes ou encore le fléau du sexisme vont toujours bon train. Quelle place pour « les gens qui ne sont rien » ? Pour se faire une idée, nous avons interviewé le sociologue Saïd Bouamama, spécialiste de l’aspect structurel des discriminations en France et auteur de nombreux ouvrages de référence.

Alex Anfruns,Investig’Action

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De l’intégration compassionnelle à l’assimilation autoritaire Réflexions autour du livre de Pierre Tevanian, La mécanique raciste

Saïd Bouamama

La réédition de La Mécanique raciste, actualisée, augmentée d’un avant-propos et d’un nouveau chapitre, vient à point nommé compte tenu de la séquence historique mondiale et nationale qui est la nôtre et des questions complexes qu’elle pose. Le livre Le Choc des civilisations de Samuel Huntington, publié en 1996, ouvre cette séquence en imposant une grille de lecture essentialiste, d’une part, et de nouveaux visages du racisme, d’autre part. Depuis, elle est devenue médiatiquement et politiquement hégémonique, et a pour conséquence l’imposition d’un cadre pour penser le réel en termes d’identité, de « valeurs de la république », d’assimilation, etc. Ce cadre de pensée réducteur contraint à percevoir l’immigration comme problème, l’islam comme danger et l’identité « nationale » comme menacée. Il contribue de ce fait à créer les conditions d’une « droitisation » de la société française et même d’un processus de « fascisation ». Ce simple constat suffit à souligner l’actualité de la démonstration de Pierre Tevanian. Plus encore qu’au moment de leur première parution, les thèses de cet ouvrage permettent de saisir les processus à l’œuvre dans notre société et les enjeux cruciaux qu’ils révèlent. C’est l’utilité sociale et politique de ce livre que je tiens ici à souligner, à la lumière des dynamiques sociales et idéologiques qui se sont déployées depuis sa première édition.

 

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Quartiers Populaires et institution policière : une humiliation raciste et sexiste atmosphérique

Publié le 21 février 2017

Après la mort d’Adama Traoré en juillet dernier lors d’une « interpellation » par des gendarmes, les violences, les insultes racistes et le viol de Théo le 2 février par quatre policiers, a une nouvelle fois soulevé la colère des quartiers populaires en général, de leurs composantes issues de l’immigration en particulier. Alors que nous étions encore tous sous le coup de l’émotion et de la colère, le projet de loi assouplissant les règles de légitime défense des policiers était définitivement adopté par les sénateurs et les députés.

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«Vivre ensemble» ou « «vivre ensemble égalitaire»?

L’expression «vivre ensemble» fait désormais partie de la novlangue politique qui contribue à orienter notre perception du réel depuis plusieurs décennies. Des politiques publiques promeuvent ce «vivre ensemble» des structures sociales la revendiquent comme valeur, etc. Loin d’être neutre, cette expression favorise la construction d’un pseudo-problème jugé important et tend à inverser l’ordre des causes et des conséquences à propos de la dégradation de la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires.

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Introduction de Saïd Bouamama à son ouvrage : La Tricontinentale

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse et du CETIM

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En janvier 1966, se tenait, à La Havane, la conférence de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, plus connue sous le nom de « tricontinentale ». Près de 500 délégués y participent, représentant une centaine de délégations venues de 82 pays. Des observateurs de « plus de cinquante organisations anti-impérialistes nationales et internationales, de pays n’appartenant pas à ces trois continents1 » participent également à l’événement historique. Les damnés de la terre du 20e siècle faisaient ainsi de la capitale cubaine l’espace de tous les possibles émancipateurs, le lieu d’organisation des solidarités concrètes, l’endroit où anticiper collectivement un avenir sans colonialisme et sans impérialisme.

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La Tricontinentale. Les peuples du tiers-monde à l’assaut du ciel

Aux éditions Syllepse :

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Le 3 janvier 1966 s’ouvre à La Havane, la Conférence de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, plus connue sous le nom de «Tricontinentale». Vers la capitale cubaine convergent des représentants de tous les mouvements de libération et de toutes les organisations luttant contre «le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme» du tiers-monde. Des personnalités importantes comme le Chilien Salvador Allende ou le Guinéen Amilcar Cabral sont également de la partie. Certains des délégués ont quitté pour quelques jours leurs maquis pour participer à cette rencontre inédite.

 

D’autres ont fait un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour éviter les arrestations et participer à au rendez-vous des damnés de la terre. Au menu des débats: la solidarité avec le peuple vietnamien et avec les autres luttes de libération nationale. L’ambition est aussi de coordonner les luttes des trois continents. Jamais une rencontre n’a suscité autant d’espoir chez les uns et autant de crainte chez les autres. La conférence prit des décisions et décida d’une organisation tricontinentale pour les mettre en œuvre.

Elle participa à la socialisation politique de toute une jeunesse au quatre coins du monde. Des rues de Paris à celles d’Alger, des maquis d’Angola aux campus de New York, l’écho de la Tricontinentale se fait entendre pendant plusieurs décennies. Il porte l’espoir d’un nouvel ordre économique et politique mondial plus juste, plus égalitaire, plus solidaire. Ces échos retentissent encore aujourd’hui dans les dynamiques latino-américaines d’un Chavez (Venezuela) ou d’un Morales (Bolivie), dans les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre à Tunis.

Le monde a changé depuis la Tricontinentale, mais les questions posées par elle, restent d’une grande modernité. La connaissance de cette période, de ses espoirs, de ses luttes et de ses erreurs est indispensable à la compréhénsion du monde d’aujourd’hui.

Said Bouamama est socio-économiste et chargé de recherche à l’Intervention Formation Action Recherche (IFAR) à Lille.  Ses principaux thèmes de recherche portent sur les  classes populaires, l’immigration et les rapports Nord-Sud. Auteur d’une vingtaine de livre, il a notamment publié: La France, autopsie d’un mythe national (Larousse, 2008); Dictionnaire des dominations (Syllepse, 2012); Figures de la Révolution africaine (La Découverte, 2014).

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Quand la France massacrait les Algériens à Paris

Une interview de moi-même et de Nils Andersson au journal Suisse « Le courrier » sur le massacre d’Etat du 17 octobre 1961

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Lundi 17 octobre 2016

Il y a cinquante-cinq ans, jour pour jour, des dizaines de milliers d’Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris, à l’appel de la Fédération de France du FLN, étaient violemment réprimés par la police aux ordres de Maurice Papon. Des voix militantes reviennent sur ces faits longtemps occultés de la mémoire collective.

«Le colonialisme refuse les droits de l’homme à des hommes qu’il a soumis par la violence, qu’il maintient de force dans la misère et l’ignorance, donc, comme dirait Marx, en état de ‘sous-humanité’. Dans les faits eux-mêmes, dans les institutions, dans la nature des échanges et de la production, le racisme est inscrit.» (Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, n°137, 1957).

Le 17 octobre 1961, le sang des bidonvilles coulait sur les boulevards parisiens. Paris a été le théâtre d’événements d’une gravité exceptionnelle, avec la répression meurtrière de manifestants pacifiques algériens perpétrée par les forces policières françaises, sur ordre du préfet de police de Paris, Maurice Papon. La mobilisation sauvagement brimée avait été lancée par la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) algérien pour dénoncer le couvre-feu en vigueur depuis quelques jours, imposé aux seuls «Français musulmans d’Algérie». Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens étaient descendus pacifiquement dans la rue. Des dizaines d’entre eux –les chiffre de 200 est articulé – seront exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. A l’occasion de la commémoration de ce massacre, l’association L’Atelier – Histoire en mouvement a rencontré deux spécialistes et infatigables militants de la cause pour la libération de l’Algérie. Saïd Bouamama, sociologue et militant du Front uni des immigrations et des quartiers populaires, et Nils Andersson, éditeur et militant internationaliste, reviennent sur cet épisode majeur de la guerre d’Algérie, dont la mémoire a été occultée pendant des décennies (le président Hollande a reconnu officiellement les faits en octobre 2012). Entretien.
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